Les "go slow", le transport de drogue en toute discrétion qui "exploite la misère sociale" ( AFP / MIGUEL MEDINA )
Paniquée, la jeune étudiante au volant d'une 207 blanche conduit bien trop vite en sortant de l'autoroute A29 dans la Somme: sa nervosité met la puce à l'oreille des douaniers, qui décident de la contrôler.
Les enquêteurs commencent à peine à l'interroger qu'elle avoue tout: elle transportait six pains d'héroïne et un petit sachet de cocaïne, soit environ 2,5 kg de drogues, dans le sac isotherme posé sur le siège passager à la vue de tous, retrace Christelle, cheffe de la brigade des douaniers d'Amiens qui n'a pas souhaité donner son patronyme.
Inconnue de la justice, la jeune femme de 21 ans disposait de faibles revenus et avait contracté une dette auprès d'une organisation criminelle. Elle s'était vue promettre 700 euros pour transporter la drogue de Roubaix au Havre, poursuit la douanière.
"La misère sociale est exploitée" par les réseaux de trafiquants: étudiants ou retraités précaires, demandeurs d'emploi, mères célibataires, "beaucoup de profils de M. et Mme Tout-le-monde qui ont peu de revenus et veulent se faire un peu d'argent pour arrondir les fins de mois", dit Christelle.
"Les toxicomanes endettés" ou encore les "jeunes sans casier" qui "ne connaissent pas tout le réseau" sont d'autres cibles de choix, relève Me Sarah Mauger-Poliak, avocate spécialisée dans les dossiers de stupéfiants.
Un avantage de taille pour les trafiquants: quand ces petites mains sont interpellées, elles "n'ont absolument personne à dénoncer" aux enquêteurs, ayant été recrutées en ligne par des profils utilisant des pseudonymes, souligne l'avocate.
Selon Me Guillaume Martin, qui défend lui aussi des personnes interpellées pour trafic de stupéfiants, les "go fast", des convois visibles de grosses cylindrées chargées de drogues roulant à toute vitesse, existent encore, mais ne sont plus l'apanage des réseaux.
Voitures "lambda"
S'il y a 20 ans, "c'était la manière typique de transporter du cannabis", ce "n'est plus le transport habituel des trafiquants de drogue", abonde le capitaine Cédric Casseron, chef du peloton motorisé de la gendarmerie au péage de Saint-Arnoult dans les Yvelines.
Le péage de Saint-Arnoult, le 2 août 2025 dans les Yvelines ( AFP / Thomas SAMSON )
"Maintenant, ce sont plutôt des +go slow+, des véhicules en dehors de tout soupçon", comme des utilitaires, des camionnettes ou mêmes "des véhicules légers lambda", précise l'adjudant Geoffrey, lors d'un contrôle sur l'importante barrière de péage de l'A10, autoroute reliant la région parisienne à l'ouest du territoire.
Au volant, des conducteurs qui "essayent de se faire discrets et de passer le plus naturellement possible dans le flux de circulation". Un défi pour les enquêteurs, attentifs au moindre signe qui trahirait le transporteur amateur: un rictus, un regard fuyant, la goutte de sueur en plein hiver, etc.
Ces petites mains du bas de l'échelle du trafic sont là pour l'argent, rarement pour l'adrénaline: l'adjudant se souvient encore de cette étudiante à Sciences Po Paris, interpellée au péage au volant de sa voiture dans laquelle elle transportait une importante quantité de drogue "pour payer ses études".
Mais la combine ne fonctionne pas à tous les coups, et certains sont plus facilement repérés par les enquêteurs. Tel ce jeune interpellé au volant de son scooter car il ne portait pas de casque et roulait trop vite, alors qu'il transportait 25 kg de cocaïne, raconte Me Sarah Mauger-Poliak.
Dans le cas de Mélissa (prénom modifié), c'est l'odeur de cannabis émanant de ses poches qui l'a trahie: la jeune femme de 22 ans a été interpellée début février alors qu'elle effectuait des livraisons de drogues à Paris, avec dans ses poches également de la cocaïne et de la 3MMC.
Au chômage, venant d'une famille endettée, elle a expliqué au tribunal correctionnel de Paris, où elle était jugée en comparution immédiate et a été condamnée à 10 mois d'emprisonnement ferme à effectuer sous bracelet électronique, avoir été attirée par l'appât du gain et vouloir aider financièrement sa famille.
"Ce n'est pas la seule jeune de notre époque qui cherche l'argent facile, c'est tout à fait regrettable", avait souligné son avocate, Me Sinem Paksut.

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